Demandera-t-on encore qui ne veut pas la paix?

1098233_10151530486621829_335994922_n3 morts palestiniens lors d’une incursion militaire israélienne dans le camp de réfugiés de Qalandiya, près de Ramallah. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour l’Autorité Palestinienne, qui annonçait ce matin l’annulation de sa participation au prochain round de négociations avec Israël. A l’annonce des décès, des manifestations spontanées éclataient en outre dans différents endroits de Palestine. Depuis le lancement de nouvelles négociations de paix il y a quelques semaines, Israël ne cesse en effet de manifester une attitude provocatrice et méprisante, en annonçant la construction de nouvelles colonies par milliers et continuant à réprimer quotidiennement la population civile palestinienne, en toute impunité. Alors que face au monde, Israël prétend parler de paix, cette attitude n’est ressentie que plus violemment par les Palestiniens, mais elle n’a toutefois rien de nouveau. Si elles ne provoquent pas toujours des morts, les incursions militaires telles que celle de ce matin représentent en effet le quotidien des palestiniens depuis de nombreuses années, tout comme l’impunité d’Israël  : Bref rappel des faits:

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La Palestine de 1948 à nos jours

Après que sa création en 1948 ait provoqué une vague de réfugiés dans tous les pays voisins, Israël envahissait et occupait en 1967 la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-est. La même année, le conseil de sécurité de l’ONU, à travers sa résolution 242, exigeait le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés. En 2013, Israël n’a toujours pas appliqué cette résolution et continue, depuis bientôt 50 ans, à occuper illégalement les territoires palestiniens, soumettant une population civile entière à la loi martiale. Ne se contentant pas d’occuper militairement et limiter la liberté de mouvement de toute une population, Israël a également pris le contrôle des principales ressources et donné son aval, en totale violation des conventions de Genève, à la colonisation progressive des territoires palestiniens, qui comptent aujourd’hui une population de près de 500000 colons israéliens contrôlant 43 % du territoire

Une réalité factuelle, qu’il semble nécessaire de rappeler encore et encore. Par un impressionnant tour de passe passe, l’image qui prévaut en effet toujours dans un certain imaginaire collectif dominant est celle d’un Etat d’Israël menacé, qui se protège légitimement contre une menace terroriste palestinienne. D’ailleurs, quand bien même cette menace serait réelle, depuis quand est-il justifié d’envahir et occuper un pays voisin et d’asservir une population entière dans le but d’assurer sa propre sécurité ?

palestine-boy-tankDans le cadre d’une relation plus inégale que jamais, de nouvelles « négociations de paix » débutaient pourtant il y a quelques semaines. En position de faiblesse et mise sous pression, l’Autorité palestinienne abandonnait ses conditions de toujours à une reprise du dialogue, calquées sur les résolutions de l’ONU, à savoir l’arrêt de la colonisation illégale de la Palestine et les frontières palestiniennes d’avant 1967 comme base de discussion. De l’autre, Israël se contentait de libérer quelques prisonniers et continuait, en toute impunité, à violer le droit international en poursuivant le colonisation intensive de la Cisjordanie, avec comme unique réaction les molles « préoccupations » des Etats-Unis. Dans un tel contexte, peut-on même encore parler de « négociations » ?

Si le monde semble aveuglé, les Palestiniens, eux, ne sont pas dupes. Alors que j’apprenais les événements de ce matin, j’étais en effet en train de rédiger un article sur les négociations de paix et d’interroger plusieurs amis palestiniens à ce sujet : « Obtiendrons-nous notre droit au retour stipulé dans le droit international ? Un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ? Israël ne nous donnera rien car il veut contrôler de plus en plus de terres, et isoler complètement les villes palestiniennes » me confiait ainsi l’un d’eux, activiste pour la paix. « Si les palestiniens sont entrés en négociations, c’est à cause de la pression américaine et aussi pour montrer au monde que nous ne sommes pas isolés, que nous avons l’esprit ouvert, que nous voulons la paix et sommes prêts à trouver une solution. C’est aussi pour aller à l’encontre des leaders israéliens qui affirment chaque jour que l’Autorité Palestinienne incite au terrorisme et ne veux pas la paix ». Lorsque je lui demande quel message il aimerait transmettre au monde, il me répond : « dis-leur que les Palestiniens sont prêts à parler de paix, à trouver une solution. Nous voulons simplement vivre en paix avec nos droits fondamentaux , pas comme la vie que nous vivons maintenant ! Mais Israël ne veut pas que nous vivions en paix, veut nous chasser de notre terre ou nous tuer pour obtenir le reste de la Palestine ! ». Alors quelle solution envisage-t-il ? Un Etat ? Deux Etats ?: « je ne peux parler de Palestine sans y inclure Haifa ou Jaffa, je ne suis pas assez fou pour accepter que quelqu’un me force à partager ma terre avec lui par la force, mais pour montrer au monde que nous sommes des gens biens (good people), j’accepterais n’importe quelle solution qui nous permette de vivre en paix » me répond-il.

tanks_Naplouse_-_enfant_tank_04_10_Corinne-3« La majorité des palestiniens est opposée depuis le début à des négociations dans de telles conditions. Nous pensons qu’elles ne représentent qu’un moyen pour Israël de gagner du temps et continuer à changer la réalité sur le terrain, à travers la colonisation », me confiait un autre ami défenseur des droits humains. « Tu ne peux pas négocier avec des gens qui disent « ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est négociable » » ajoutait un autre, citant John F. Kennedy. Depuis leur lancement, je dois bien avouer que je n’ai encore rencontré aucun Palestinien qui ne soutienne ces négociations ou en attende quoi que ce soit. Beaucoup en veulent du reste à l’Autorité Palestinienne d’avoir abandonné ses conditions à une reprise du dialogue: soit le gel de la colonisation et les frontières d’avant 1967 comme base de discussions

Si la plupart des palestiniens veulent la paix, ce n’est en effet pas à n’importe quel prix, et notamment pas si Israel continue à démontrer une attitude arrogante et à violer constamment le droit international. Rashid, le maire de Yanoun, un petit village totalement cerné de colonies israéliennes, le rappelle ainsi tout simplement : « ils ont pris ma terre, ma maison, ont arrêté et attaqué mes enfants, je ne peux pas simplement leur serrer la main et dire « il n’y a pas de problème ! » » « Le gouvernement israélien a contribué à mettre les colonies en place, il peut donc aussi les retirer ! » ajoute-t-il.

« C’est aux Etats-Unis et à l’Europe de pousser Israël à respecter le droit international » conclut l’un des activistes que j’interroge. Un appel à la communauté internationale également relayé par les représentants de l’Autorité Palestinienne après les événements de ce matin. «  Nous appelons les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, le quartet et le reste de la communauté internationale à prendre de sérieuses mesures pour mettre fin au meurtre de civils innocents et à l’impunité d’Israël » déclarait ainsi un représentant de l’Autorité palestinienne à l’agence de presse Maannews après les événements.

Alors que l’ensemble du moyen-orient s’embrase, et que la Palestine n’est de loin pas le premier centre d’attention, cet appel sera-t-il toutefois entendu et pris au sérieux? Rien n’est moins sûr. « L’Autorité Palestinienne retournera probablement à la table des négociations d’ici quelques jours » me confie du reste Rashid, le maire du village de Yanoun.

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