Pas autorisés à recevoir un abri humanitaire

ruines1Quelques tas de taule légère pliée à terre, des matelas et autres meubles évacués à la hâte et restés pêle-mêle sur le sol. Ici et là le logo de l’Union européenne… On attendait la tempête à Susiya (voir post précédent), mais c’est finalement à Um al Kheir, un village bédouin d’une vingtaine de tentes situé à quelques kilomètres de distance, qu’elle a éclaté. Des ruines, c’est ce qui reste des 5 habitations précaires qui abritaient, selon la communauté, 27 personnes au total dont 16 enfants. Les bulldozers sont venus tôt le matin, accompagnés de l’armée israélienne, pour détruire les frêles structures considérées comme illégales faute d’avoir été érigées avec un permis de construire.

Pas de permis de construire, toujours le même problème. Ces mêmes permis que pratiquement aucun Palestinien de la zone C (zone représentant environ 60% de la Cisjordanie et placée sous contrôle israélien après les accords d’Oslo, mais qui devait progressivement passer à l’autorité palestinienne pour la création d’un Etat palestinien) n’obtient jamais, pas même pour se construire un abri de fortune grâce à l’aide humanitaire. Trois des habitations détruites étaient en effet des structures humanitaires préfabriquées fournies grâce à l’aide de l’UE suite à une autre démolition, en avril dernier. Il fallait bien redonner un toit aux villageois.

A quelques mètres à peine, juste de l’autre côté d’un grillage et inhabituellement proche, la colonie israélienne de Carmel se porte pour sa part très bien. Maisons en dur, raccordement à l’électricité et à l’eau et jolie végétation décorative.

A gauche, une des maisons avant sa destruction. En arrière plan, la colonie israélienne de Carmel.

A gauche, une des maisons avant sa destruction. En arrière plan, la colonie israélienne de Carmel.

Plusieurs organisations humanitaires et militantes ainsi que la télévision palestinienne sont déjà sur place pour constater les dégâts. Les habitants, eux, sont rassemblés à l’abri du soleil, les femmes d’un coté, les hommes de l’autre, à discuter des événements. Seuls les enfants, tout excités par la présence de tant de monde, se pressent autour des ruines et posent pour la photo. C’est qu’à Um al Kheir, ce n’est pas la première fois que les villageois voient leur maisons terrassées. Eid Suleiman, l’un des habitants, explique ainsi que des destructions ont déjà eu lieu 8 fois. «La semaine dernière, des membres de Regavim sont venus dans le village pour prendre des photos et filmer en particulier les constructions financées par l’Union européenne. Depuis je savais que cela allait arriver!», poursuit-il.

Des enfants qui observent les ruines d'une maison.

Des enfants qui observent les ruines d’une maison.

Se présentant comme un ONG, Regavim est une organisation israélienne d’extrême droite qui se livre à une certaine distorsion de la réalité. Pour elle, en ces terres, les colons ne sont pas les Israéliens mais les Palestiniens, qui tenteraient de s’approprier illégalement des terres appartenant à Israël. Que l’ONU et la majorité de la communauté internationale considèrent au contraire les colonies israélienne comme illégales en vertu du droit international ne semble pas la troubler. Elle se consacre ainsi à documenter les «constructions illégales palestiniennes» pour les signaler auprès des autorités israéliennes et dénonce en particulier le financement par des «organisations étrangères comme l’Union européenne» d’habitations palestiniennes (généralement des abris humanitaires tels que ceux d’ Um al Kheir) qui seraient destinées à grappiller de plus en plus de territoire israélien. Peu après les événements, l’organisation félicitait d’ailleurs l’administration civile israélienne pour avoir «démoli 5 bâtiments européens illégaux dans la région, juste après que Regavim les ait signalés». Et d’ajouter que «Regavim continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour assurer une sortie rapide de l’Union européenne d’Israël».

A voir le contraste entre les piètres constructions palestiniennes encore debout et la solide colonie voisine, l’absurdité de ce discours est particulièrement frappante. Comme si de par leur précarité, les constructions voulaient rappeler que la réalité est tout autre. En effet, selon les chiffres du Bureau des nations unies de la coordination des affaires humanitaires UNOCHA, «70% de la zone C est contrôlée par les colonies et tout développement palestinien y est exclu. Les constructions palestiniennes sont fortement restreintes sur 29% de la zone C et seul 1% de cette zone est prévue pour le développement palestinien».

Regavim vise particulièrement les structures soutenues par l'UE.

Regavim vise particulièrement les structures soutenues par l’UE.

L’organisation onusienne rappelle en outre que les destructions d’habitations palestiniennes ainsi que de structures humanitaires qui leurs sont destinées a drastiquement augmenté en 2016 dans l’ensemble de la Cisjordanie avec, dans les 4 premiers mois de l’année, déjà bien plus de structures détruites que sur l’ensemble de l’année 2015.

Pour Eid Suleiman, les choses sont claires: «Ce sont les colons qui ont fait pression sur l’administration civile israélienne pour que les ordres de démolition soient mis en œuvre, et celle-ci s’exécute!» Aujourd’hui, les membres de Regavim étaient d’ailleurs présents pour filmer les démolitions, nous raconte-t-il. «Cet acte est clairement politique et n’a rien a voir avec des questions de planification ou de permis de construire. Il s’agit d’une politique plus générale qui vise à vider la région de sa population palestinienne. La même chose se passe dans la vallée du Jourdain», renchérit un activiste de l’organisation israélienne Ta’ayush qui s’inquiète de l’accélération de la pression mise sur les Palestiniens.

A la sortie du village, nous rejoignons la route principale. Au bout de quelques minutes, un croisement. À droite, le panneau indique Kiryat arba (colonie israélienne aux abords d’Hébron) et à gauche, Beer-Sheva, la porte israélienne du désert du Neguev. Aucune mention des villes palestiniennes d’Hébron, 200’000 habitants et Yatta 70’000 habitants, qui pourtant sont toutes proches. Selon le panneau indicateur, c’est comme si elles n’existaient pas.

Résister à l’occupation

Photo de la manifestationSituée au cœur des territoires occupés, Hébron constitue l’un des épicentres du conflit israélo-palestinien. Dans cette ville divisée en deux cohabitent une majorité de population palestinienne et une minorité de colons israéliens, qui revendiquent l’endroit en raison de la présence du tombeau d’Abraham, second lieu saint du judaïsme. Ouvertement soutenue par l’Etat d’Israël, leur présence, contraire au droit international, s’accompagne de nombreuses violations des droits humains. 

Vingt arrestations et plusieurs menaces de mort. C’est ce qu’il en coûte à qui décide de dénoncer l’occupation israélienne des territoires palestiniens. C’est du moins le cas pour Issa Amro, qui a fondé Youth Against Settlements (YAS, Jeunesse contre la colonisationavec d’autres jeunes Palestiniens d’Hébron. Basée à quelques mètres de l’une des quatre colonies israéliennes implantées au cœur de la cité, l’organisation, qui se définit comme un « groupe militant cherchant à mettre un terme à la colonisation israélienne de la Palestine à travers la lutte populaire non violente et la désobéissance civile », fait office de lieu de rencontre et d’animation dans ce quartier parmi les plus conflictuels de la ville, ainsi que de base pour l’organisation d’actions politiques non-violentes.

«No peace with settlements» (Pas de paix avec la colonisation) proclame la banderole brandie ce jour-là par plusieurs des militants devant un bâtiment qui pourrait bien se transformer en une nouvelle colonie israélienne au cœur d’Hébron. Occupé en 2007 par des colons, puis évacué de force en 2008 dans l’attente d’une décision des plus hautes instances judiciaires israéliennes, il devrait prochainement faire l’objet d’un verdict définitif. Une colonie de plus dans cet endroit stratégique situé au sein d’un quartier palestinien représenterait un pas significatif dans la colonisation progressive de la cité, d’où la manifestation d’aujourd’hui. Depuis l’établissement de la colonie de Kiryat Arba aux abords de la ville au lendemain de la guerre des Six jours en 1967, et malgré l’illégalité de toutes les colonies au regard du droit international, le nombre de colons n’a en effet cessé d’augmenter, amenant avec elle son lot de discriminations, d’abus et de violences à l’égard de la population palestinienne, et contraignant beaucoup de personnes au déplacement forcé.

Restrictions et harcèlement

Colon dans une rue d'Hébron interdite aux palestiniens«Nous n’avons rien contre le fait que des juifs habitent ici, mais pas s’ils nous chassent de nos maisons et arrêtent nos enfants!», affirment les militants de YAS. Ils proviennent pour la plupart de «H2», la partie de la ville restée sous contrôle militaire israélien suite au protocole d’Hébron de 1997, alors que la majorité passait sous autorité palestinienne. Ici, trente mille Palestiniens cohabitent avec cinq cents colons placés sous la protection de mille cinq cents soldats de Tsahal. Ils voient leur quotidien marqué par d’innombrables restrictions et harcèlements. Pour des raisons de «sécurité», plus de mille huit cents commerces de la zone ont été fermés1, et les environs immédiats des colonies sont interdits aux Palestiniens, aussi bien à pied qu’en véhicule. «Des mesures qui seront également prises aux abords d’une éventuelle nouvelle colonie», explique l’un des manifestants présents ce jour-là. Soumis à la loi martiale, alors que les colons sont soumis à la loi civile, régime discriminatoire que beaucoup qualifient d’«apartheid», les Palestiniens de la zone font en outre l’objet de fréquentes violences de la part des colons.

Agir

Face à l’injustice, les jeunes de YAS ont décidé de ne pas rester les bras croisés. Outre des manifestations comme celle d’aujourd’hui, ils organisent des ateliers vidéo pour apprendre aux habitants à documenter les violations des droits humains dont ils sont victimes, fournissent des conseils aux familles ou donnent des cours d’hébreu pour permettre aux mères de comprendre les soldats qui font irruption dans leur maison en pleine nuit. «Nous voulons lutter contre le sentiment d’isolement des habitants, leur faire sentir qu’ils ne sont pas seuls», explique l’un d’eux. Le dernier projet de l’organisation, c’est la rénovation d’une habitation pour en faire un jardin d’enfants, qui contribuera à ramener de la vie dans un quartier déserté par beaucoup de ses habitants. L’armée et les colons sont venus plusieurs fois tenter d’interrompre les travaux, mais les volontaires n’ont pas abandonné.

Arrestations arbitraires

Photo d'Issa Amro détenu par les forces israéliennes«Les habitants ont parfois peur d’approcher notre organisation par crainte de la répression de l’armée et de la police israéliennes», explique Issa Amro, qui nous confie du reste avoir été convié à se rendre à la police suite à la manifestation de ce jour. «Probablement une nouvelle arrestation», commente-t-il, presque blasé tant cela est devenu pour lui une habitude. Parmi les membres de YAS, rares sont ceux qui n’ont pas été arrêtés une ou plusieurs fois, souvent sans raison ou sur la base d’accusations sans fondement. D’une durée de quelques heures à quelques jours, voire plus, ces arrestations sont vécues comme un véritable harcèlement. «L’un des militants a cessé de venir au centre car il craignait d’être arrêté et de ne pouvoir assister à son mariage qui doit avoir lieu dans deux mois!», raconte Issa. Un exemple qui illustre la menace permanente qui plane sur la tête des militants. «En général, les arrestations sont effectuées pour faire plaisir aux colons», estime Issa, qui considère que les personnes qui dénoncent la situation à Hébron sont particulièrement visées.

L’intimidation va même parfois plus loin. En juillet, un individu non identifié a tiré à balles réelles en direction de plusieurs membres de YAS assis devant leur centre. «Depuis, beaucoup ont cessé de venir par peur pour leur sécurité. Quand on demande la protection de la police, on n’obtient aucun résultat. Les policiers m’ont d’ailleurs conseillé de quitter la zone car ils ne peuvent pas me protéger!», explique Issa. Selon les chiffres fournis par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 90% des plaintes déposées par des Palestiniens pour violences de la part des colons en Cisjordanie sont en effet classées sans suite, si bien que beaucoup ne se donnent même plus la peine de porter plainte.

En août 2013, plusieurs rapporteurs spéciaux des Nations unies exposaient leurs profondes préoccupations à propos de la situation des droits humains dans les territoires occupés. Ils dénonçaient le «haut degré de complicité de l’armée israélienne face à la violence des colons contre la population palestinienne» et en particulier la situation de Issa Amro, victime selon eux d’un «schéma de harcèlement». «Cela représente un petit pas, mais nous avons besoin de plus de soutien politique et de pression sur Israël de la part de la communauté internationale», estime le concerné.

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Pour plus d’informations sur la potentielle nouvelle colonie au coeur d’Hébron, voir ici

Voir également l’excellent documentaire « Voyage dans une guerre invisible » réalisé par deux journalistes rencontrés sur place et diffusé sur Canal+ à propos de la situation à Hébron et le thème de la colonisation des Territoires palestiniens en général.

Hebron: A Holy Hell

Rue déserte du centre-ville d'Hébron

Rue déserte du centre-ville d’Hébron

Haut lieu saint pour le Judaïsme, l’Islam et le Christianisme de par la présence du Tombeau des patriarches/Mosquée d’Ibrahim où reposerait notamment Abraham, père des trois religions monothéistes, Hébron était également connue autrefois pour le savoir-faire de ses artisans, son raisin, son verre soufflé, son cuir, ses poteries peintes à la main et les rues et ruelles bourdonnantes d’activité de sa vielle ville, qui en faisaient le principal pôle commercial du sud de la Cisjordanie. Aujourd’hui, ce sont plutôt les termes de « ville fantôme », voire même d’ « enfer » que les locaux utiliseront pour décrire la cité. Une réalité que le visiteur ne met pas long à découvrir. 

6 heures de l’après-midi. Il y a quelques minutes à peine, les derniers rayons du soleil balayaient encore d’une lumière dorée la longue route asphaltée et les maisons blanches environnantes. De l’autre côté de la route, quatre hommes profitent devant leur maison de l’atmosphère encore douce de cette fin d’après-midi d’avril, alors qu’un berger qui vient de ramener son troupeau de chèvres et moutons dans l’étable devant laquelle nous nous tenons échange quelques mots avec nous et nous offre amicalement un café. Un peu plus loin, deux dromadaires qui broutent les quelques brins d’herbes qu’ils peuvent trouver se joignent aux spectateurs d’un étrange cortège : une cinquantaine d’adolescentes « endimanchées » qui progressent le long de la route, escortées par deux hommes à peine plus âgés qu’elles, vêtus de civil et portant chacun en bandoulière un imposant fusil d’assaut M-16, le tout sous le regard d’ une quinzaine de soldats de Tsahal en tenue de combat postés tout au long de la route. Un peu plus loin se découpe la silhouette d’un véhicule blindé de l’armée, et soudain apparaît une jeep du même vert camouflage qui se met à patrouiller frénétiquement, elle aussi destinée à assurer la sécurité des jeunes filles contre un ennemi invisible.

Une scène qui semble surréaliste. Et pourtant, tous les acteurs de ce tableau insolite agissent de la façon la plus naturelle qui soit. Pour eux, c’est devenu la routine : Demain c’est samedi, le jour du sabbat, et les colons de Kiryat Arba, l’une des plus importantes colonies israéliennes de Cisjordanie, se rendent à la synagogue du Tombeau des patriarches pour prier.

A Hébron, ce genre de scène déconcertante est si courant qu’on a parfois le sentiment de se trouver sur une autre planète – ou en enfer, c’est selon. Ici, au cœur de la Cisjordanie, une majorité de population palestinienne cohabite avec une minorité de colons, religieux et idéologiques pour la plupart, établis dans la zone après la guerre des 6 jours de 1967 en violation du droit international (art.49 de la IVe Convention de Genève), mais reconnus par l’Etat d’Israël. Installés parfois au cœur même de la ville et protégés par une quantité impressionnante de soldats de Tsahal, ils revendiquent ce territoire en raison de la présence du Tombeau des patriarches, considéré comme le second lieu saint du Judaïsme.

Suite au Protocole d’Hébron de 1997 et dans le cadre des accords d’Oslo de 1993 et 1995, qui prévoyaient un retrait des troupes israéliennes de Cisjordanie et son passage progressif sous le contrôle d’une Autorité palestinienne autonome, Tsahal ne se retire que partiellement d’Hébron et la ville est séparée en deux : Environ 20% du territoire, incluant les 4 colonies situées au cœur de la cité, la vielle ville, ainsi que le Tombeau des patriarches/Mosquée d’Ibrahim, demeure sous occupation de l’armée israélienne, alors que le reste passe sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Si la partie palestinienne où vit la grande majorité de la population (près de 170’000 personnes) est aujourd’hui accessible et vivante, il faut passer par les fameux checkpoints pour se rendre dans la partie sous contrôle israélien, où vivent près de 30’000 palestiniens aux côtés de 500 colons religieux parmi les plus extrémistes. On se retrouve alors dans une sorte de cité fantôme sur-sécurisée et militarisée, où semble régner un état d’exception permanent, …du moins pour une partie de la population : Si loi militaire s’applique ici aux palestiniens, c’est en effet la loi civile ordinaire qui s’applique aux citoyens israéliens.

Le Tombeau des Patriarche/Mosquée d’Ibrahim lui-même, visité par les touristes du monde entier, ressemble plus à un camp militaire qu’à un lieu saint : Deux allées séparées permettent l’accès d’un côté à la Mosquée, de l’autre à la Synagogue. C’est toutefois par un checkpoint que les fidèles doivent passer pour se rendre aussi bien à la Mosquée qu’à la Synagogue, et chacun des accès au monument historique est gardée par plusieurs soldats. L’ensemble du périmètre, tout comme les environs immédiats des 4 colonies israéliennes de la ville, fortement militarisés et parsemés de miradors et autres bases militaires semi camouflées, est du reste marqué par quantité de règles et restrictions à la liberté de circulation des palestiniens. Il leur est ainsi interdit de circuler sur plusieurs des rues environnantes, parmi lesquelles la fameuse « Al-shuhada Street », autrefois la principale artère marchande de la ville, qui ressemble maintenant à un désert.

L’occupation israélienne a en effet contraint de nombreux palestiniens à quitter la zone, transformant le centre-ville et l’ancien souk autrefois si animés en un simple entrelacs de rues et ruelles désespérément vides, et la survie de celles et ceux qui restent est extrêmement difficile. Selon différents études menées à la fin des années 2000 (voir TIPH et B’Tselem), 1829 commerces situés dans cette partie de la ville auraient ainsi fermé depuis le déclenchement de la seconde intifada en 2000, principalement en raison d’ordres militaires, couvre-feu ou autres régimes d’ouverture limités imposés entravant l’activité économique, 42% des logements auraient été abandonnés par leurs occupants, et 77% des palestiniens demeurant dans la zone vivraient sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, longtemps après la fin de la seconde intifada, les incitations à quitter la zone persistent et ne sont pas qu’économiques : harcèlement et violences de la part de colons, contrôles perpétuels de l’armée israélienne, arrestations fréquentes de mineurs, restrictions à la liberté de circulation, impossibilité d’obtenir les services basiques (les artisans et commerçants de la zone palestinienne craignent en effet souvent de se rendre dans la zone israélienne), ou encore isolement social : « un palestinien vivant dans la zone israélienne ne pourra que difficilement se marier avec une femme de la zone palestinienne en raison de sa « mauvaise situation » », nous commentait ainsi récemment l’un de nos contacts sur place.

« Hebron is hell », …je commence à comprendre cette expression que j’ai entendu utiliser pour décrire la ville. Difficile de ne pas voir ici une stratégie de déplacement progressif de la population palestinienne hors de la zone israélienne, voire même d’expulsion forcée, terme utilisé par les ONG israéliennes ACRI et B’TSELEM dans une étude de 2007. C’est la réalité quotidienne de cet « enfer », replacé dans le contexte de la colonisation de l’ensemble de la Cisjordanie par Israël, que je tenterai de comprendre et de transmettre dans les prochains mois, en écoutant les histoires des habitants et habitantes de cette ville et de toutes celles et ceux qui résistent et dénoncent cette situation.