Yatta, la ville punie des terroristes de Tel Aviv

entréeareaALe long de la route israélienne, deux de ces traditionnels panneaux rouges que l’on croise un peu partout en Cisjordanie et qui semblent vouloir intimider et décourager tout visiteur: «Attention, cette route mène à la zone A, sous contrôle de l’autorité palestinienne. L’entrée pour les citoyens israéliens est interdite, dangereuse pour votre vie et contre les lois israéliennes», avertissent-ils. Entre les deux, la route de terre qui se dirige vers Yatta, dont on aperçoit au loin les habitations blanches, est bloquée par un amas de gravats.

Abed, notre chauffeur et habitant de la ville, ralentit et scrute les environs jusqu’à trouver ce qu’il cherche. Quelques mètres plus loin, on aperçoit les traces de nombreuses voitures qui se sont frayées un chemin de traverse, escaladant tant bien que mal la bordure de la route. Si la voie est bloquée, il suffit d’en faire un autre! Abed s’engage au même endroit. On patine, on recule, puis on passe le monticule récalcitrant. Après quelques secousses, on reprend le tracé de la route, ni vu ni connu. L’entrée a été forcée, une pratique courante dans ce coin désertique où les voitures peuvent se faufiler un peu partout. Mais Abed rage. «Pourquoi des milliers de personnes doivent payer pour ce que fait une seule?»

Le 8 juin dernier, deux Palestiniens tiraient sur la foule à Tel Aviv, faisant 4 morts et 5 blessés. Ils étaient originaires de cette ville, Yatta, environ 70’000 habitants au sud de la Cisjordanie, non loin d’Hébron et à l’écart des routes touristiques. Si depuis le mois d’octobre, de nombreuses agressions au couteau ont été menées par des jeunes palestiniens contre des soldats israéliens en Cisjordanie (les Palestiniens terminant le plus souvent tués), il y avait longtemps qu’une attaque par balle n’avait pas été perpétrée en Israël. Peu après l’attentat, survenu en plein Ramadan, l’Etat hébreu suspendait des milliers de permis habituellement accordés à cette période pour permettre au musulmans de se rendre à Jérusalem. Par ailleurs, la ville de Yatta, ainsi que celle, voisine, d’Hébron, étaient bouclées par l’armée israélienne, entravant les déplacements et le commerce.

Vers la fin juillet, presque deux mois plus tard, elles en subissaient encore les conséquences, à l’image du barrage contourné par Abed. Ces mesures sont «assimilables à une punition collective», déclarait le haut commissaire aux droits humains des Nations Unies Zeid Ra’ad al-Hussein peu après l’attaque. «Elles punissent non pas les auteurs du crime mais des centaines, voir des milliers de Palestiniens innocents» et «ne vont faire qu’augmenter le sentiment d’injustice et la frustration ressentie par les Palestiniens en ces temps très tendus», ajoutait-il.«Avec cela, encore plus de jeunes vont mener des attaques au couteau contre des soldats et se feront tuer!», trépigne Abed, comme en écho aux propos du haut commissaire.

Quelques jours plus tard, ce sont les maisons des familles des assaillants qui seront détruites, avec l’aval de la Cour suprême israélienne. Une autre forme de punition devenue routine en ces terres, malgré les condamnations notamment de l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem, qui qualifie la pratique de «revanche avalisée par la justice (court-sanctioned revenge) pratiquée sur des membres de la famille qui n’ont pas commis de crimes, assimilable à une punition collective et illégale au regard du droit international».

Malgré son coup de gueule, Abed retrouve vite son sens de l’humour et sa bonne humeur habituelle. «Ca ne sert à rien d’être triste, il faut vivre, vivre», rigole-t-il alors que nous arrivons à la hauteur des premières maisons de Yatta et que les gamins qui utilisent la rue comme terrain de jeu s’écartent pour nous laisser passer. Lui, justement, a des projets pour sa ville. Il est en train de construire un petit hôtel pour accueillir des visiteurs dans ce farwest palestinien où pour le moment nous sommes à peu près les seules têtes étrangères. Un projet ambitieux, mais auquel il veut croire, à l’image de tous ces Palestiniens qui, malgré l’occupation et loin du terrorisme, ont fait de l’accueil leur culture.

Il nous emmène ainsi découvrir l’endroit, une belle maison de deux étages encore en chantier en bordure de la cité. «Ici il y aura trois chambres, là la cuisine, ici le salon où tout le monde pourra se réunir. Je veux aussi mettre des bougainvilliers pour décorer», explique-t-il en nous emmenant sur le balcon avec vue plongeante sur les collines du sud. L’incident de la route est vite oublié.

«Where there are walls there are holes» (là où il y a des murs il y a des trous); résumait un ami activiste palestinien il y a peu. L’oppression semble d’ailleurs parfois susciter d’intéressants élans de créativité. Quelques jours plus tôt, l’agence de presse locale Maannews relatait ainsi comment un Palestinien avait mis à disposition sa machine de chantier pour soulever les voitures au dessus d’un barrage routier, quelque part en Cisjordanie. Au nez et à la barbe des israéliens.

Si les blocages de route impactent une partie importante de la population, on leur trouve aussi parfois des solutions. L’incompréhension et le sentiment d’injustice, en revanche, subsistent, et à de nombreux niveaux. «Les deux assaillants de Tel Aviv sont en prison, ils ne sont pas morts, alors que de nombreux jeunes palestiniens ont été tués sur simple soupçon d’avoir commis une attaque au couteau!», ajoutait ce même ami.

Notes:

La plupart des blocages des routes menant à Hébron et Yatta ont été levés fin juillet.

Le ministre de la défense Avigdor Lieberman vient d’annoncer une nouvelle politique de la « carotte et du bâton ». Dans la droite ligne des punitions collectives qui se pratiquent déjà, elle vise à « punir plus durement les familles et villages d’où sont issus des terroristes et à accorder des bénéfices économiques aux régions qui n’ont pas produit de terroristes » (Jerusalem Post). Voir également Libération

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Susiya, ou le calme avant la tempête

Un buisson de thym.

Un buisson de thym.

Autour de nous, un paysage de collines arides, dont la végétation trahit les limites toutes proches du désert du Néguev, à quelques kilomètres au sud. Des buissons qui ressemblent à des grillages, des restes de fleurs sèches aux piquants agressifs, des mottes d’herbes cassantes jaunies au soleil. Et un peu partout, des nids de thym qui projettent leur puissant arôme dans l’air environnant Ce même thym (zatar en arabe) utilisé pour le savoureux thé si sucré consommé dans toute la région.

un mouton aux prises avec des fleurs épineuses.

un mouton aux prises avec des fleurs épineuses.

Sous le soleil cuisant, on flâne en attendant que les moutons d’Ahmad, le berger Palestinien que nous accompagnons, soient repus. Dans le silence, seule leur mastication enthousiaste provoque un léger ronronnement. Même la large route israélienne goudronnée, juste à côté, semble étrangement vide. Ahmad tente de capter de la musique à la radio palestinienne avec son téléphone. Parfois il faut le tendre vers le haut pour éviter les interférences. Parfois, les rythmes orientaux traditionnels s’aventurent, plus clairement, hors de la petite boite noire, et percent courageusement le silence.

Ahmad au bord de la route israélienne déserte

Ahmad au bord de la route israélienne déserte

« Susyia, c’est bientot fini ! » s’exclame-t-il soudain. Susyia, c’est son village, un groupe de tentes à quelques mètres à peine, de l’autre coté de la route. Des habitations de fortune menacées de destruction par les autorités israéliennes, faute d’avoir été construites avec une autorisation. Le village se situe en effet en zone C, cette zone placée sous contrôle militaire et administratif israélien suite aux accords d’Oslo de 1993 (mais qui devait progressivement passer sous contrôle Palestinien) et où les Palestiniens n’obtiennent pratiquement jamais d’autorisation de construire (raison pour laquelle ils se contentent de tentes), d’accès à l’eau courante ou au réseau électrique. Une règle qui ne s’applique toutefois pas à tout le monde, comme le rappellent, un peu plus loin, les solides constructions de la colonie israélienne de Susya, qui a pris le même nom que la communauté d’Ahmad.

Les abris précaires de Susiya. Derrière, la colonie de Susya.

Les abris précaires de Susiya. Derrière, la colonie de Susya.

Il y a un an, missions diplomatiques, organisations internationales et autres militants se pressaient dans ce hameau, devenu symbole de la politique israélienne de colonisation de la Cisjoranie. Tous les villages voisins ont en effet la même apparence, les mêmes difficultés, et sont eux aussi menacés de destruction, entière ou partielle. La Cour suprême, qui devait se prononcer sur la question de la démolition du village, avait alors reporté sa décision. Bientôt, elle devrait enfin statuer, alors que l’attention internationale semble retombée.

Habitation à Susiya.

Habitation à Susiya.

Malgré l’incertitude quant à l’avenir, Ahmad semble étrangement calme et revient vite à la recherche de la meilleure station radio. S’il est inquiet, cela ne transparaît pas. L’habitude de cette vie précaire où tout peut être perdu du jour au lendemain? Ou plutôt l’absence de raisons de s’inquiéter face à des événements sur lesquels on a pas de contrôle? Ici, c’est Insh’Allah, …si Dieu le veut. Comme si les hommes s’étaient résignés, non pas face à l’occupation et ses injustices, mais face à une force qui les dépasse, des événements qu’ils ne contrôlent pas.

Ainsi, la vie tranquille de berger continue, jour après jour. Parce qu’il faut bien continuer à vivre. Si le village est détruit, la population reconstruira probablement. Elle l’a déjà fait par le passé. Et la bataille continuera. Mais pas question de quitter ces terres sur lesquelles elle vit de longue date. Autrefois dans des grottes, selon la tradition troglodyte de la région, aujourd’hui dans des habitations de fortune, après que les grottes elles-mêmes aient été détruites.

Habitation à Susiya.

Habitation à Susiya.

On se déplace progressivement au rythme de l’appétit des moutons, parfois forcés de s’asseoir sur des pierres pour supporter la fatigue provoquée par la chaleur. D’une voix assurée, Ahmad dirige ses bêtes. Il siffle, racle la gorge, lance des cris qui semblent tous avoir leur signification. En tout cas, les animaux laineux comprennent. Le temps semble s’être arrêté. Malgré la chaleur et le contexte, on ressent presque quelque chose d’apaisant.

Soudain, un joggeur apparaît au loin sur la route. Colon? Soldat? En tout cas, le nouveau venu ne semble pas du goût de quatre chiens errants, qui se ruent sur lui. De loin, on ne voit pas s’il y a eu morsure, mais Ahmad, qui observe la scène, semble inquiet. « Mushkela, mushkela ! », répète-t-il. « Problèmes » en arabe. Avant d’ajouter: « Ce chien est fou ! » Avec son troupeau, il préfère s’éloigner.

Au loin, les habitations de Yatta.

Au loin, les habitations de Yatta.

Alors que les collines prennent une couleur plus orangée et que la chaleur décline enfin un peu, nous reprenons la flânerie. Au loin, les habitations de Yatta, le centre urbain palestinien le plus proche, étendue de petits cubes blancs entrecoupés de flèches qui s’élancent vers le ciel. Les différentes mosquées de la ville. Un autre joggeur s’approche, apparemment un soldat qui a fini sa journée de service. Il échange des salutations avec Ahmad. Alors qu’un chien semble à nouveau se faire menaçant, le berger s’empresse de lui jeter une pierre pour le faire fuir. « Merci beaucoup ! », répond le coureur en hébreu. Comme si le paysage et sa sérénité imposaient, le temps d’un instant, aux acteurs du conflit d’oublier celui-ci pour redevenir des voisins solidaires.

P1050933Pourtant il est bien présent, ce conflit. Bientôt, le sort du village Palestinien sera décidé à Jérusalem, une ville ou les principaux intéressés ne peuvent habituellement pas se rendre faute d’autorisation. Et si le recours des villageois n’est pas admis, le soldat pourrait se retrouver à exécuter les ordres : détruire la maison du Palestinien. Le bon voisinage par ici, c’est difficile. On le comprend assez rapidement.

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Ce texte a été écrit avant l’audience de la Cour suprême du premier aout, au cours de laquelle la décision sur le sort du village a été reportée de quelques semaines. Celui-ci est toujours menacé de destruction.

Plus d’informations sur le site de Rabbis for human rights, l’organisation israélienne qui défend le cas de Susiya auprès de la Cour suprême.

De nombreux articles sont également paru dans la presse internationale en 2015 sur le cas de Susiya. Voir notamment Le Monde, BBC.

 

Jérusalem, trois ans plus tard…

P1020007Une échoppe de café, une autre de jus de fruits ou de pâtisseries arabes toutes plus mielleuses les unes que les autres, une autre encore remplie de vêtements suspendus jusqu’au plafond. Des jeux d’échecs, des ustensiles en aluminium, services à thé, articles de pharmacie, bijoux, tissus, dromadaires en peluche et surtout, toutes sortes de figurines et symboles religieux. Sous les arcades en pierre, des hommes agglutinés, parfois sur des tabourets, parfois avec une shisha, qui s’abritent du soleil tapant. Après trois ans, je suis de retour à Jérusalem. Jérusalem la mystérieuse, l’envoûtante, la magnifique, la conflictuelle. Rien de tel qu’une immersion dans les rues de sa vieille ville pour retrouver tous les contrastes de cette terre qui, selon certains, serait sainte.

Des groupes de touristes plus ou moins rougis par le soleil ont osé s’aventurer jusque dans le souk arabe. A les voir déambuler ou traîner leur valise à roulettes qui claquent et bondissent sur les pavés de pierre qui semblent avoir mille ans, on se rappelle du fameux «syndrome de Jérusalem» évoqué dans les pages du guide, ce syndrome qui rendrait les gens fous, fous de Dieu. Combien en seront atteints? «Tous les ans, des milliers de touristes affluent à Jérusalem pour suivre les traces des prophètes et certains rentrent chez eux en pensant qu’ils sont ces prophètes. Le syndrome, médicalement reconnu, se manifeste par un élan mystique et une empathie excessive avec les lieux saints, qui entraîne une identification avec des personnages de la Bible ou l’assurance que l’Apocalypse est proche», peut-on lire. Dans les années 30, la maladie aurait été découverte par un éminent psychiatre de la cité soignant une Anglaise persuadée que le retour du Christ était imminent. Pour accueillir le Messie, elle escaladait régulièrement le mont Scopus, une tasse de thé à la main. Un hôpital psychiatrique de la ville serait même habitué de ce type de patients.

Dans cette ville sainte aux milles églises, mosquées et synagogues, sanctuaire et lieu de déchirement des religions monothéistes, le mélange est d’ailleurs frappant. Femmes arabes voilées de la tête aux pieds, juives aux cheveux, coudes et genoux couverts eux aussi, palestiniennes aux noirs cheveux déployés sur les épaules, touristes en shorts décontractés, juifs portant la kippa, les papillotes, et toutes sortes de chapeaux permettant d’identifier leur tradition religieuse, pélerins chrétiens en quête de sérénité. Tous semblent cohabiter. Seule la présence un peu partout de jeunes militaires armés vient trahir la réalité conflictuelle du lieu. Après trois ans, je m’apprête justement à m’y replonger.

Une semaine en Palestine

Parfois, face trop d’injustice, c’est juste la rage ou un immense sentiment d’impuissance qui l’emporte, et il devient difficile de prendre le temps d’expliquer, de poser les choses dans un article réfléchi, de penser à un contexte, à une analyse, à un thème précis. Mais finalement c’est aussi cela, la réalité d’ici. Les nouvelles de violences et d’abus, on les reçoit parfois juste dans la figure, sans prévenir, les unes après les autres, comme autant de baffes qui nous prendraient par surprise et qui nous laissent étourdis. Et à chaque fois, la frustration de ne pouvoir pratiquement rien faire si ce n’est rapporter, éternellement, ce que l’on voit, sans vraiment en voir les effets, ne fait que se renforcer. Cette dernière semaine, c’est ce sentiment de rage, d’impuissance et parfois même de haine que je ressens et que j’ai décidé de tenter de vous transmettre, un peu en vrac.

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Yanoun, avec une colonie illégale en arrière-plan

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Berger rentrant ses moutons

Ces dernières semaines en Palestine, je ne les passe pas à Hébron mais à Yanoun, un petit village palestinien d’environ 80 âmes situé dans les environs de Naplouse, dans un paysage à couper le souffle : des étendues de collines couvertes d’oliviers, peuplées de gazelles, de marmottes et de hiboux, qui descendent comme des vagues jusqu’à l’immense vallée du Jourdain. Et puis une population de paisibles et accueillants bergers vivant de leurs moutons et des produits locaux : le miel, les amandes, l’huile d’olive, le fromage, ….Mais comme les nombreux endroits de Palestine qui ressemblent au paradis, il semble impossible d’y vivre en paix : Sur pratiquement chacune des collines environnant le village, des constructions fleurissent comme des champignons : des colonies israéliennes, peuplées de colons idéologiques prêts à tout pour conquérir plus de territoire, et notamment à toutes sortes de violences à l’égard de la population palestinienne. En 2002, ils forçaient ainsi l’ensemble du village à fuir et ce n’est qu’en présence d’une organisation militante israélienne et d’internationaux que les villageois pouvaient regagner leurs maisons. Même si la plupart de ces colonies ne sont, théoriquement, pas reconnues par l’État d’Israël, il n’est pas rare d’y apercevoir un mirador ou un poste militaire, et sur la route, on croise régulièrement les humvees ou jeeps de l’armée. Leur reconnaissance n’est sans doute qu’une question de temps.

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Champ d’oliviers près de Yanoun

S’il semble à priori infini, le paysage est ainsi en réalité traversé de frontières invisibles. Les paysans du village ne peuvent notamment plus s’aventurer sur aucune des collines environnantes, au risque de se faire arrêter, ou pire, tirer dessus, ce qui les contraint, malgré l’abondance de la nature, à acheter la nourriture de leurs moutons dans la ville voisine. Alors que sous leurs yeux, les colonies grossissent de jour en jour, la moindre construction qu’ils entreprennent sera en outre détruite immédiatement, faute du « permis de construire nécessaire » qu’Israël ne leur octroiera jamais. Un endroit qui semble immense, mais qui n’est en fait qu’une petite cage, …une petite cage dorée, qui rétrécit de jour en jour et ne continue à exister peut-être que grâce à notre présence dans le village.

L’une des balles tirées

Même si je suis à Yanoun, je dois continuer à suivre ce qui se passe à Hébron, à distance, et puis j’y retourne parfois durant quelques jours. Ce jour là, j’en revenais justement. Le soir précédent, l’armée « effectuant un exercice » avait envahi par surprise le centre média de Youth against settlements, une organisation de jeunes Palestiniens dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. Basée à quelques mètres de plusieurs colonies israéliennes, elle utilise la non-violence comme outil de lutte pour dénoncer les injustices subies par les palestiniens, et ses membres sont régulièrement victimes de harcèlements de la part des colons et de l’armée. A peine revenue à Yanoun, je ne sais même plus comment je l’ai appris mais tout à coup je le savais : cette fois ce n’était plus un exercice : des balles réelles avaient été tirées en direction d’une dizaine d’activistes assis devant le centre. Il y a quelques jours à peine, j’étais assise là, au même endroit, à discuter et fumer le narguilé avec eux, à apprécier une chaude soirée d’été en admirant la vue sur Hébron. Des balles réelles. Heureusement, personne n’a été blessé, mais en parlant au téléphone avec l’un des activistes, je le sens en état de choc. « ils veulent nous intimider, c’est sérieux cette fois !» me dit-il. Palestinien fier qui ne se laisse en général pas ébranler, ou du moins ne le montre pas, je sens sa voix altérée. Bien que personne n’ait vu l’agresseur, il soupçonne clairement les colons. « Ici, personne ne porte d’armes à part les colons et l’armée israélienne! » me commente-t-il. En effet, pour des « raisons de sécurité », les palestiniens ne sont même pas autorisés à porter un couteau de cuisine, car dans un certain imaginaire collectif, ce sont eux, les « terroristes » !

Père de famille en pleine négociation avec les autorités (Photo ISM)

Le lendemain, alors que je rédige un rapport sur l’incident, nouveau coup de fil d’Hébron. Cette fois c’est une famille à laquelle nous avons l’habitude de rendre visite qui vient d’être attaquée par des colons. Ils vivent tout près de la même colonie, non loin du centre de Youth against settlements. Les samedis, jour du sabbat, de jeunes colons adolescents et parfois ivres ont pour habitude d’envahir le toit de leur maison pour admirer la vue sur « les arabes » qui peuplent la majorité de la ville d’Hébron et quand ce n’est pas lancer des pierres, pisser sur la terrasse de la famille qui vit en dessous. Ce jour là, je n’obtiens pas tous les détails, mais apparemment, les colons ont tenté de pénétrer l’enceinte de la maison, le père de famille s’y opposant. Les colons ont alors commencé à lui jeter des pierres puis à lui cracher dessus, ont menacé de frapper son fils de 11 ans et tiré sa femme par les cheveux alors qu’elle tentait de filmer la scène. Tout cela sous le regard des forces de sécurité israéliennes qui, comme à leur habitude, n’ont pas bronché. Au contraire, alors qu’il souhaitait aller porter plainte, le père de famille s’est fait arrêter, a été maintenu en détention durant une nuit entière, accusé d’avoir craché sur un soldat, et a du payer 1000 shekels (environ 200 euros) pour pouvoir rentrer chez lui. Lorsque l’on entend ça, on comprend pourquoi les palestiniens ne vont plus porter plainte après une agression. Cette nuit là, je la passe à chatter avec mes amis d’Hébron, et au téléphone, afin de tenter de savoir si le père de famille a été libéré. Lasse de tourner en rond, je finis toutefois par me coucher.

Olivier en feu (photo Christian Peacemaker teams)

Alors que j’appelle une organisation d’observateurs internationaux amie d’Hébron, le lendemain, pour tenter d’avoir des nouvelles du détenu, je sens mon interlocutrice comme agitée au bout du fil. « je te rappelle plus tard » me dit-elle. ….sans nouvelles après de longues minutes, je me rend sur le net, facebook, la source la plus rapide d’informations. « Champ d’olivier en feu à Hébron » y lis-je. Une autre famille à qui nous avons l’habitude de rendre visite et qui possède une soixantaine d’oliviers sur la colline de Tel Rumeida, en plein milieu de la ville, juste à côté de Youth Against Settlements. Ce n’est qu’après plusieurs heures que je parviens enfin à glaner quelques informations, au téléphone avec Hani, le propriétaire des oliviers. Sa terre est entièrement brûlée, il faudra peut-être 5 ou 6 ans pour qu’elle produise à nouveau. Les soldats israéliens n’ont pas laissé les pompiers palestiniens atteindre l’endroit, car « pour des raisons de sécurité, il est interdit à tout palestinien de circuler en véhicule dans l’ensemble du quartier ». Ce sont donc des volontaires qui se sont attelés à tenter d’éteindre le feu, et lorsqu’enfin les pompiers arrivaient, il était trop tard. « Je suis bouleversé et cassé, mais je vais rester, continuer à vivre ma vie, au moins ma famille est saine et sauve » me confie Hani au téléphone. Il habite juste à côté de la colonie et d’une base militaire, et c’est la neuvième fois que cela lui arrive. Quand ce ne sont pas ses oliviers, c’est sa voiture qui est en feu ou ses enfants arrêtés. On lui aurait même offert plusieurs millions pour qu’il quitte sa terre, mais pour lui, rester est une question de principe. « Le feu était accidentel » conclura ce jour-là l’enquête de police, bouclée en quelques heures à peine.

En pleine discussion avec un colon

Le jour même, je me rend en patrouille autour de Yanoun avec deux de mes collègues. A Yanoun, tous les jours, nous marchons sur les chemins de campagne jusqu’aux frontières invisibles du village, afin de montrer notre présence aux colons qui nous observeraient depuis le sommet de leurs collines, et les dissuader de toute entreprise agressive. Alors que nous nous dirigeons vers un magnifique point de vue sur la vallée du Jourdain, je raconte à un collègue les événements d’Hébron, et mon sentiment d’impuissance, particulièrement à distance. Et puis tout à coup nous entendons un bruit de moteur. Le temps de quelques instants, et un colon arrête sa moto squad à nos côtés. Visiblement d’humeur agressive, il se met à nous demander ce que nous faisons ici et nous ordonne, plusieurs fois, de rebrousser chemin. Du haut de ses peut-être 15 ans, il nous parle comme un général de l’armée, un sentiment d’autorité et de toute-puissance que l’on retrouve chez beaucoup de colons et qui illustre bien à quel point ils sont inatteignables, tant les autorités – aussi fou et extrémistes soient-ils – se rangent toujours de leurs côtés. Celui-ci ne porte pas de M-16, comme c’est souvent le cas, mais semble on ne peut plus déterminé. Nous lui rétorquons que nous nous promenons, nous en avons le droit, cette zone n’est interdite à personne. Après de longues minutes de discussion et alors que nous refusons de lui obéir, il finit par partir en nous menaçant « je vais appeler l’armée » ! Ce jour-là elle ne viendra pas, mais ce n’est pas toujours comme ça. La dernière fois, les soldats sont venus, ont obéi au colon, et c’est ainsi que la cage qui entoure le village a diminué de quelques mètres encore.

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La Cour militaire de Salem, située dans une base militaire

Le lendemain matin, je me lève à six heures pour me rendre à la cour militaire de Salem, près de Jénine. La Palestine étant occupée depuis 1967, toute sa population est en effet soumise à la loi militaire et donc aux tribunaux militaires, …toute sa population ou presque : même si selon le droit international les plus de 500’000 colons de Cisjordanie devraient, eux aussi, être soumis à la loi militaire, Israël a décidé de les soumettre à la loi civile, bien plus clémente, ce qui provoque une situation discriminatoire que beaucoup qualifient d’Apartheid. A la cour, nous allons assister au jugement d’une dizaine de jeunes, la vingtaine, accusés pour la plupart de « lancer de pierres ». Ont-ils vraiment lancé des pierres ? Contre qui? Avec quelles conséquences? Des questions auxquelles la cour ne se donne pas vraiment la peine de répondre. Ici, on ne s’embarrasse en effet pas de preuves et le travail de la défense se résume en général à une sorte de négociation, comme au marché, de la sentence demandée par l’accusation. Ce jour-là, c’est 3 ans de réclusion que, sans aucune preuve, l’accusation demande pour certains des jeunes accusés, du reste tous en détention administrative depuis 8 mois. 3 ans pour un crime que les jeunes n’ont peut-être même pas commis, et quand bien même ils l’auraient fait, une telle sentence serait-elle méritée? Ces jeunes, il viennent de Qaryut, un village situé juste à côté des colonies d’Eli et Shilo. Pendant de longs mois, les colons ont coupé la route qui permet, depuis le village, d’accéder à la route principale. Le cas a été porté par les villageois à la cour suprême israélienne qui a tranché en faveur d’une réouverture de la route. Les colons ont donc été évacués par l’armée israélienne, mais à peine quelques semaines plus tard, ils étaient de retour. Depuis, plus rien ne s’est passé, la route est toujours fermée. Les gens du village ont alors décidé de réagir et chaque semaine, ils manifestent contre cette injustice, comme ils le faisaient du reste déjà avant le jugement de la cour suprême. Des manifestations parfois durement réprimées à coups de gaz lacrymogènes et autres balles en caoutchouc, et durant lesquelles, oui, sans doute, quelques pierres ont été lancées. A la fin de l’an passé, une dizaine de jeunes du village étaient ainsi arrêtés, chez eux, en pleine nuit, comme cela arrive la plupart du temps. La semaine passée, l’un d’entre eux était jugé à 14 mois d’emprisonnement. Volontaire du croissant rouge, il a en effet le malheur de se trouver souvent dans ces manifestations, pour venir en aide aux personnes affectées par les lacrymogènes. Contre lui, aucune preuve, mais encore une fois, la cour militaire ne s’en embarrasse pas. « Depuis ces arrestations, les villageois ont cessé de manifester chaque semaine » me confie l’un de nos contacts sur place. « C’est cela, l’objectif de ces sentences et de ces parodies de procès ! ».

Dans la voiture qui nous reconduit à Yanoun après l’audience, je tente désespérément de lutter contre un immense sentiment de révolte et d’impuissance. Tout ce que je peux faire c’est raconter et raconter encore ce qu’il se passe à qui voudra bien l’entendre, mais combien d’autres les font également, sans que rien ne change ? Alors que je suis dans mes pensées, je reçoit un coup de téléphone d’Al Arrub, un camp de réfugiés près d’Hébron. C’est Ahmed, dont le fils de 20 ans était enfermé depuis 5 mois dans les prisons israéliennes. « Mohamed est de retour à la maison ! » m’annonce-t-il, « je te le passe ! ». Mohamed, c’était, avant son arrestation, notre contact dans le camp. Un jeune étudiant qui parle parfaitement anglais, nous tient au courant de ce qu’il s’y passe et nous aide à rencontrer les familles de la place. Lui, il a été arrêté pour avoir peint des graffitis en faveur de la libération des prisonniers palestiniens sur les murs du camp de réfugiés. Un « crime » pour lequel le procureur demandait 18 mois d’emprisonnement, mais que son avocat a réussi à réduire à 5 mois. Arrivée en Palestine après son arrestation, je ne l’ai jamais rencontré, mais je suis restée en contact avec son père, un homme généreux qui à chaque fois nous reçoit royalement. Soudain il est là, au téléphone, cela semble comme irréel. Nous échangeons quelques mots et je lui demande comment il se sent. « je vais bien », me dit-il tout simplement. Un bref échange qui me réchauffe le cœur. Lors de mon prochain voyage à Hébron, je lui rendrai visite.

jumping over the wall

jumping over the wall!

Dans la soirée, alors que je tente de me relaxer, j’aperçois sur facebook un ami palestinien qui il y a quelques jours entreprenait de se rendre à Jérusalem illégalement, en sautant par dessus le mur. Lui aussi, je l’ai mentionné dans l’un de mes derniers blogs. « je suis de retour, j’ai du courir pour fuir les soldats, mais j’ai passé quatre jours à Al Aqsa (la plus importante mosquée de Jérusalem, également troisième lieu saint pour l’Islam), c’était magnifique ! » me dit-il. Même à travers le chat, je perçois son enthousiasme, et je sens soudainement comme un immense sentiment de bonheur m’envahir. Quand on fait face à tant d’oppression et d’injustice, la simple idée de briser les règles et faire un pied de nez à la puissante force occupante procure comme une joie immense, comme une libération. Même si ce n’est pas moi qui suis enfermée, ni qui ai pris les risques de les briser, ces règles, je crois que je ressens aussi un peu de ce soulagement, de cet apaisement.

Depuis avril, mes semaines n’ont pas toutes été aussi intenses. Pour mes amis de Youth Against Settlements, par contre, c’est presque la routine. Des semaines comme celle-là, eux, ils en déjà vécu maintes et maintes fois. Lorsque je leur raconte à quel point je suis choquée, ils se contentent ainsi souvent de me répondre tranquillement « Welcome to Palestine », ou « C’est cela, l’occupation. Nous y sommes habitués! ». Même si je sais qu’ils n’ont pas le choix que de trouver des moyens de continuer à vivre, malgré tout, je les admire, car moi, après une semaine comme celle-là, je la ressens vraiment, l’envie de prendre une pierre et de la jeter ! Eux, ils choisissent le chemin de la non-violence et jour après jour, continuent à résister, par tous les moyens, à l’injustice.

« Ramadan Kareem! »

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Le dôme du Rocher – Esplanade des Mosquées de Jérusalem

« Ten of thousands at Aqsa mosque on first friday of ramadan » titrait l’agence de presse palestinienne Maannews le 12 juillet 2013. Quelques jours plus tard, un ami palestinien me racontait avec enthousiasme par téléphone. « Vendredi passé, j’étais à Jérusalem ! Les rues étaient bondées, j’ai pris plusieurs heures simplement pour me rendre à la Mosquée Al Aqsa ! ». Tout juste âgé de 40 ans, c’est la première fois de sa vie qu’il voyait la ville sainte et sa célèbre Mosquée – troisième lieu saint de l’Islam -, bénéficiant des règles d’accès assouplies exceptionnellement accordées par Israël en ce mois de ramadan. Alors que les palestiniens considèrent Jérusalem comme leur capitale et que Jérusalem-est, illégalement annexée par Israël, fait partie de la Palestine au regard du droit international et de l’ensemble de la communauté internationalebeaucoup sont en effet ceux qui n’ont jamais vu la ville et n’obtiendront peut-être jamais le permis nécessaire pour y aller.

19h15. Dans les rues d’Hébron, on perçoit comme une tension dans l’atmosphère. Dans un peu plus de 30 minutes, les muezzins de toute la ville annonceront la fin du jeûne. A cette heure, impossible de trouver un taxi, tant chacun se presse, y compris les propriétaires des reconnaissables voitures jaunes, pour rejoindre sa maison à temps. Peu à peu les rues se vident et lorsqu’enfin retentit l’appel tant attendu, seuls les piles de cartons vides et autres déchets jonchant le sol témoignent de l’effervescence qui, il y a quelques heures a peine, régnait encore, dans les rues.

Pas une voiture, pas un son, pas un chat. Alors que l’après-midi même, le souk et les rues marchandes étaient remplies d’une foule à la recherche des meilleurs produits pour le repas de fête du soir, la ville est brusquement envahie d’un étrange silence, et les décorations lumineuses disposées un peu partout semblent soudain curieusement solitaires. A des kilomètres à la ronde, plus qu’un seul son perceptible lorsque l’on s’aventure suffisamment près des habitations, le cliquetis des fourchettes et des couteaux sur les assiettes : C’est l’heure d’Iftar, le repas qui marque la fin du jeûne en ce mois de Ramadan.

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Dans les rues après Iftar

Lorsque le ramadan tombe en été, comme c’est le cas cette année, c’est durant plus de 15 heures que les fidèles doivent jeûner, du lever au coucher du soleil, avant de se retrouver en famille autour d’un repas souvent copieux et composé de mets spécialement préparés pour l’occasion. « Le ramadan était à la base destiné à faire ressentir aux riches ce que peuvent vivre les pauvres lorsqu’ils n’ont pas de quoi manger suffisamment » m’explique Ghassan, l’un de nos contacts sur place. « Maintenant, les riches sont censés donner aux pauvres, c’est un mois de générosité ». Mais le ramadan, c’est aussi et surtout un mois festif, l’occasion de se retrouver chaque soir en famille, parfois autour d’impressionnantes tablées. Une période qui pour tout occidental évoquera immédiatement Noël : « Ramadan Kareem ! » (joyeux ramadan!) se souhaite-t-on d’ailleurs dans les magasins, dans les rues, en famille ou entre amis. Le ramadan, c’est aussi un moment spécial pour les enfants : Afin que ceux-ci dorment durant la journée et ne ressentent ainsi pas trop la privation de nourriture, leurs parents les laissent souvent veiller tard, voire très tard. Durant un mois, les journées semblent ainsi comme inversées, et aussitôt iftar terminé, dans les rues décorées de lampions et guirlandes électriques, l’animation persiste souvent jusque tard dans la nuit. Ce n’est parfois que vers 4 heures du matin, l’heure du repas qui précède le lever du soleil et une nouvelle journée de jeûne, que les rues retrouveront leur calme.

« Vendredi prochain j’irai à la mer ! » 

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Esplanade des Mosqueés – La Mosquée Al Aqsa

Mais le ramadan, c’est aussi le temps pour prier, et notamment à l’Esplanade des Mosquées de Jérusalem, 3e lieu saint pour l’Islam après la Mecque et Medine. « Une prière à la Mosquée al Aqsa équivaut à 500 prières faites ailleurs ! » m’explique une femme palestinienne. Alors qu’habituellement l’accès à Jérusalem est interdit à la grande majorité des palestiniens, Israël assoupli exceptionnellement les règles d’entrée à la ville durant le mois du ramadan : Cette année, chaque vendredi, ce sont toutes les femmes ainsi que les hommes âgés de plus de 40 ans qui ont ainsi le droit de se rendre à la célèbre Mosquée pour prier.

Pour beaucoup de palestiniens, l’ouverture exceptionnelles du gigantesque mur de béton et barbelés qui entoure habituellement la ville sainte, …leur ville sainte et capitale, représente cependant non seulement l’occasion d’un pèlerinage religieux, mais également une opportunité de s’échapper, d’explorer enfin ces « territoires interdits » et peut-être toucher et ressentir un peu de la liberté pour laquelle ils luttent de puis des années. « Vendredi prochain je veux essayer d’aller à la mer ! » me raconte ainsi mon ami ce jour-là par téléphone. Tout comme le troisième lieu saint de leur religion, beaucoup sont les palestiniens qui ne l’ont jamais vue, la mer, ou alors seulement dans le lointain, au dessus d’un mur ou à travers des barbelés.

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Esplanade des Mosquées – Le Dôme du Rocher

Chaque vendredi du Ramadan, des dizaines de milliers de personnes se pressent ainsi aux checkpoints qui entourent Jérusalem. Même si des infrastructures spéciales y ont été aménagées pour faciliter le passage des foules, l’exercice s’apparente cependant parfois à une prouesse : une visite à Al Aqsa rime en effet également avec un bain de foule qui par la chaleur du mois d’août et sans manger ni boire peut rapidement se transformer en cauchemar. Malgré l’envie de profiter de cette opportunité unique, les plus âgés ou les personnes à mobilité réduite seront ainsi parfois contraints d’y renoncer.

« Ramadan Kareem ! » se souhaitent les musulmans à travers toute la Palestine. Pour ce mois spécial, Israël leur offre en cadeau quelques miettes de liberté. Le plus organisé des checkpoints ne remplacera toutefois jamais la liberté, la vraie. Israël l’offrira-t-il un jour aux Palestiniens ? Malgré les annonces en grande pompe d’une reprise des négociations de paix par les médias du monde entier, dans les rues de Palestine, personne ne semble y croire vraiment. Alors, en attendant de se la voir offrir, certains, fatigués d’attendre ou parce qu’ils considèrent tout simplement qu’ils n’ont pas à demander d’autorisation à qui que ce soit pour accéder à leur capitale, décident tout simplement de la prendre, cette liberté, malgré les risques que cela représente : « A Jérusalem demain, illégalement, sans permis, sauterai par-dessus le mur pour atteindre la Mosquée Al Aqsa. Serai de retour lundi, In sha’Allah » publiait ainsi jeudi soir un autre ami palestinien, âgé d’une vingtaine d’années, sur sa page facebook.

In sha’ Allah….

« Tu es la force occupante, tu as le pouvoir, tu fais tout ce dont tu as besoin pour maintenir ton contrôle ! »

IMG_0269« Entrer dans une bonne unité de l’armée, pour certaines parties de la société israélienne, c’est comme entrer dans une très bonne Université, c’est réussir dans la vie ! Ayant grandit dans une communauté sioniste religieuse, il était clair pour moi après l’école que la prochaine étape serait l’armée. En tant que jeune israélien, je pensais « c’est le moment de donner en retour à ma société, protéger ma famille, mon pays ». J’ai ainsi commencé mes trois ans de service avec fierté, en pensant « c’est mon temps pour briller » ! Je savais qu’il existait quelque chose appelé le conflit israélo-palestinien, j’avais peut-être même entendu le mot « occupation », mais c’était quelque chose de très vague…. »

Durant 3 ans, c’est en Cisjordanie qu’ Avner a servi en tant que soldat de combat au sein de l’armée israélienne. Depuis, il a rejoint l’organisation Breaking the silence, composée d’ancien soldats qui se sont donné pour objectif, à travers leurs témoignages, d’exposer aux yeux du monde et surtout de la société israélienne le véritable visage de l’occupation: « les soldats qui servent dans les territoires occupés sont témoins et participent à des actions militaires qui les changent immensément. Abus à l’égard de palestiniens, pillages et destructions de la propriété constituent la norme depuis des années, mais continuent à être présentés comme des cas uniques et extrêmes. Nos témoignages dépeignent une image différente et beaucoup plus sinistre, où la détérioration des standards moraux trouve son expression dans le caractère même des ordres et des règles d’engagement, et est justifiée au nom de la sécurité d’Israël » peut-on lire sur le site internet de l’organisation.

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soldats en patrouille sur le toit d’une maison palestinienne d’Hébron

Avner nous raconte ainsi l’une de ses premières opérations en tant que soldat : « une opération de routine consistant à occuper une une maison palestinienne pour des raisons militaires » explique-t-il. « Il s’agit souvent d’un bâtiment qui se trouve dans un endroit stratégique. On y pénètre au milieu de la nuit, afin de l’utiliser comme point d’observation. Les habitants sont confinés dans une chambre, leurs téléphones confisqués, et la maison est à nous ! Ils ne peuvent se rendre à l’école ou au travail, et s’ils veulent utiliser la cuisine ou la salle de bains ils doivent demander notre permission. Cela peut durer 6, 12, 48 heures, parfois 3 ou 4 jours ou même une semaine. Les habitants ne sont évidemment pas informés avant et ignorent combien de temps l’opération va durer ». « Tu es la force occupante, tu as le pouvoir, tu fais tout ce dont tu as besoin pour maintenir ton contrôle ! » explique Avner. 

Ce jour-là, l’opération était censée durer 48h, mais voila qu’après 6 ou 7 heures, elle est avortée par le commandant. « Après nous être introduits furtivement dans la maison en pleine nuit, voilà que nous en sortions en plein jour, aux yeux de tous. Nous ne nous sentions pas professionnels, nous avions l’impression que les villageois se fichaient de nous ! » explique Avner. De retour à la base, lui et ses compagnons d’unité s’attendent à des explications, mais n’en obtiendront aucune. Devant leur insistance, leur supérieur direct finira cependant par lâcher: « qu’y a -t-il que vous ne compreniez pas ? Vous avez juste fini votre formation, vous allez vous rendre dans les endroits les plus dangereux de Cisjordanie, pensez-vous vraiment que la première fois que vous entrerez dans une maison palestinienne sera à ce moment-là ? ».

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Soldats pénétrant une maison palestinienne à Hébron

Avner comprend alors que le seul objectif de l’opération était de l’entraîner en tant que soldat. « lorsque nous sommes entrés dans la maison, la famille ne semblait pas surprise. Apparemment, ce n’était pas la première fois que cela leur arrivait !» se souvient-il. Et de poursuivre en expliquant que parfois, c’est à travers des arrestations fictives que les jeunes recrues sont entraînées : « les soldats entrent par surprise dans une maison au milieu de la nuit, prennent le chef de famille, lui attachent les mains, lui bandent les yeux, l’emmènent dans une jeep jusqu’à la base où il passera la nuit, et le relâchent le lendemain ». Outre l’entraînement des soldats, l’objectif de ce type d’opération est également  de « faire sentir sa présence » (have your presence felt ). Un ordre que « tout soldat ayant servi en Cisjordanie a entendu », ajoute Avner, pour illustrer la fréquence de ce type d’abus .

Si cette première opération l’a interpellé, il confie toutefois que « cela n’a pas allumé de lumière rouge qui dirait « horrible, immoral, stop !  C’était un peu bizarre, mais partie d’une situation dans la quelle nous étions. Lorsque l’on est soldat, on fonctionne sur un autre mode, c’est comme si on « changeait de disque ». Le plus important devient protéger ses amis, effectuer la mission, et quelque part, très loin, en point 3 ou 4 ou 10 se trouve la question « quelles sont les conséquences sur la population que nous occupons ». « Il ne s’agit pas de justifier ou d’excuser mais d’essayer de comprendre » ajoute-t-il aussitôt.

Alors qu’est-ce qui fait que la majorité des soldats continuent à accomplir, jour après jour, des actes immoraux? Pourquoi seule une minorité d’entre eux réagit, et encore moins la société israélienne ?

20130716_9427« ce qui permet à cette réalité de se poursuivre, c’est entre autres un fort sentiment de séparation, aussi bien physique que dans les esprits. Beaucoup d’israéliens ne savent pas vraiment ce qu’il se passe sur le terrain » explique Avner, admettant lui-même qu’avant son service, il n’avait qu’une idée « très vague » de cette « chose » appelée le conflit israélo-palestinien. « On croit souvent que tout israélien sert dans l’armée, et connaît de par ce fait la réalité de Cisjordanie, mais c’est faux ! Près de 50% de la société ne fait pas l’armée, et parmi les soldats, ceux qui servent en Cisjordanie représentent une minorité ». Et d’ajouter que « ma génération a grandi avec la barrière de séparation. La première fois que j’ai rencontré un palestinien, c’est en pénétrant sa maison en tant que soldat !». Israël va d’ailleurs jusqu’à interdire à ses citoyens de se rendre dans les régions sous Autorité palestinienne. A l’entrée de chacune d’entre elles, on trouve ainsi les fameux panneaux rouges qui indiquent « cette route conduit à une zone sous autorité palestinienne, l’entrée pour les citoyens israéliens est interdite, dangereuse pour votre vie et contre la loi israélienne ». De quoi en décourager plus d’un. Une séparation et méconnaissance de l’autre qui laisse la place à un imaginaire foisonnant, fait de dangers et d’ennemis contre lesquels il devient justifié d’utiliser toutes sortes de moyens coercitifs, ou alors à une indifférence menant progressivement vers l’oubli.

L’un des objectifs de Breaking the silence, c’est de pousser la société israélienne à voir et faire face à cette réalité, une réalité où de jeunes soldats parfois encore adolescents sont engagés, chaque jour, dans le contrôle de la vie quotidienne d’une population civile: « Alors que celle-ci est connue des soldats et commandants de l’armée, la société israélienne continue de fermer les yeux et nier ce qui est commis en son nom. Les soldats qui retournent à la vie civile découvrent le fossé qui sépare la réalité à laquelle ils ont été confrontés et le silence qu’ils rencontrent à la maison par rapport à celle-ci. Pour redevenir des civils, ils sont forcés d’ignorer ce qu’ils ont vu et fait. Nous luttons pour faire entendre les voix de ces soldats et pousser la société israélienne à faire face à la réalité que sa création a permis » peut-on ainsi lire sur le site internet de l’organisation, qui ne se contente du reste pas de récolter et publier des témoignages, mais milite également en faveur de la fin de l’occupation des territoires palestiniens. « le statu quo n’est tout simplement pas acceptable » assène Avner.

IMG_0846« Entrer dans une bonne unité de l’armée, pour certaines parties de la société israélienne, c’est comme entrer dans une bonne université, c’est réussir dans la vie ! ». Voilà peut-être aussi ce qui retient les soldats de réagir et les pousse au silence à leur retour à la vie civile: renoncer à l’armée ou dénoncer ses actes, c’est renoncer à un réseau social, à une forme privilégiée d’intégration dans la société. Et puis, l’armée est présentée comme la « voie normale » par laquelle tout le monde passe, alors pourquoi remettre en question les actes d’une institution si bien implantée ?

Un mécanisme dénoncé par l’association New Profile, qui pointe du doigt la militarisation excessive de la société israélienne et l’aveuglement généralisé qui en découle : « dès le plus jeune âge, le service militaire est promu dans les écoles. L’armée à un accès total à nos lycées et institutions éducatives en tout temps, quand elle le souhaite ! » dénonce Ruth Hiller, représentante de cette ONG israélienne qui soutient les jeunes objecteurs de conscience et dénonce l’infiltration de l’institution militaire jusque dans les moindres recoins de la société. « La militarisation va même jusque dans le matériel scolaire », ajoute-t-elle en montrant un exercice produit par le ministère de l’éducation pour des enfants de 5 ans, leur demandant de dessiner une ligne entre des tanks, avions de chasse ou drapeaux israéliens et le nombre correspondant ». « Les enfants n’ont à aucun moment l’opportunité de développer une conscience individuelle et critique ! », déplore-t-elle.

Dans les rues de Tel Aviv

Dans les rues de Tel Aviv

Et de poursuivre : « les armes et les soldats sont devenus une partie normale de notre environnement, aussi bien que les voitures et les arbres. Là où vous voyez de armes, nous ne les voyons même plus tant elles sont devenues normales ». « Nous n’avons aucune perception critique de ce qui se passe dans ce pays, nous avons oublié comment poser des questions, nous ne savons pas comment être critiques, nous avons peur de l’être, la peur est du reste centrale dans notre société ! » s’exclame-t-elle. La mission que se donne New profile, c’est de montrer comment le militarisme s’ introduit dans la vie quotidienne de tout israélien, et, à travers des expositions, présentations ou camps organisés avec les jeunes israéliens, créer le débat. « ce que nous voulons,c’est que les gens commencent à regarder autour d’eux, à poser des questions », explique Ruth Hiller.

Alors, la société israélienne est-elle prête à faire face à la réalité ? Comment le travail de ces organisations est-il accueilli ? « Dans certaines communautés nous sommes considérés comme des traîtres, alors que d’autres nous voient comme des héros courageux, qui remplissent leur devoir de citoyen. Mais la majorité sans doute ne s’y intéresse tout simplement pas, ce qui est peut être un plus grand problème encore » explique Avner de Breaking the Silence. « la plupart des soldats qui témoignent choisissent de rester anonymes, en raison de diverses pressions de la part d’officiels militaires et de la société en général » peut-on toutefois lire sur le site internet de l’organisation, ce qui en dit long sur la difficulté à débattre ouvertement du thème dans la société israélienne. Ancrée plus à gauche que sa consoeur Breaking the silence, New profile s’est du reste vu interdire oralement l’accès aux lycées par le ministère israélien de l’éducation. Comme plusieurs autres organisations de défense des droits humains israéliennes, les deux ONG ont en outre été qualifiées de « groupes terroristes » par l’ancien ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman. Quelques indices du chemin encore à parcourir. 

Alors qu’Israël continue à se prétendre la « seule démocratie du moyen-orient », et que le monde semble déterminé à oublier que la Palestine est occupée (et non un Etat indépendant apte à négocier à parts égales avec Israël), le travail d’organisations comme Breaking the silence ou New profile semble fondamental. Mais suffira-t-il à percer le voile d’indifférence ou d’ignorance qui semble recouvrir la société israélienne et le monde qui la regarde ? Combien de temps le peuple palestinien devra-t-il encore souffrir avant que les responsables ne soient tenus de répondre de leurs crimes ? A l’heure ou ces lignes sont écrites, un débat sur la question semble non seulement souhaitable, mais indispensable, voire même urgent.

Vers une troisième intifada?

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Enseignante tentant de réconforter un enfant suite à son arrestation – Hébron, avril 2013 – Photo Øystein Nedrebø

Quelques jours à peine après notre arrivée à Hébron, trois enfants palestiniens étaient brutalement arrêtés sous nos yeux suite à une simple dispute provoquée par de jeunes colons israéliens. Peu après, dans le camp de réfugiés d’Al Arrub, Ahmad, âgé de 15 ans, nous montrait sur son corps des traces de maltraitances physiques de la part de soldats, nous racontant comment ces derniers avaient fait irruption chez lui au milieu de la nuit, lui bandant les yeux et lui attachant les mains avant de l’emmener dans la colonie la plus proche pour l’interroger durant plusieurs heures à propos d’un prétendu jet de pierres. Deux cas illustratifs d’une violence récurrente à l’égard de mineurs dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits des enfants travaillant dans les territoires occupés, parmi lesquelles Defence for Children International (voir video). Une génération d’enfants traumatisés qui pourrait agir comme une bombe à retardement. En plein centre de la ville d’Hébron, une organisation s’efforce pourtant de les aider à regagner une « vie normale ».

Affronter le traumatisme à travers la créativité ? : C’est le défi que se lance le Palestinian Child Art Center (PCAC). Crée en 1994 après le massacre de 29 palestiniens par un réserviste de l’armée israélienne dans la célèbre Mosquée d’Ibrahim, en plein milieu du Ramadan, l’organisation s’était alors donné pour objectif d’aider les enfants affectés par l’événement à retrouver un équilibre à travers l’expression artistique. Près de vingt ans plus tard, le centre qui se donne pour slogan « towards a creative palestinian child » continue à accueillir des enfants victimes de violences liées à l’occupation mlitaire israélienne. Assis autour d’un café dans le bureau de Samih Abu Zakieh, artiste, fondateur et directeur du centre, en compagnie de l’un de ses collègues, d’une enseignante et de deux jeunes étudiantes bénévoles de l’association, nous discutons ce jour là de la Palestine et de son avenir.

Sans paix pour les enfants il n’y aura jamais de paix !

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Arrestation d’enfants dans les rues d’Hébron – Avril 2013 – Photo Øystein Nedrebø

Pensez-vous qu’il y aura une troisième intifada ? demande l’un de mes collègues.« Nous ne voulons pas de troisième intifada, cela ne dépend toutefois pas de nous mais d’Israël ! Si Israël se retire de Cisjordanie, il n’y aura pas de troisième intifada, mais dans le cas contraire il y en aura sans doute une, et bientôt! » répond Samih Abu Zakieh, « S’il n’y a pas de paix maintenant, c’est parce qu’ Israël ne veut pas la paix, mais veut voler des terres à Jérusalem, à Hébron et ailleurs !» ajoute-t-il. Et d’expliquer que « Les jeunes d’ici veulent simplement vivre en paix dans leur Etat. Sans paix pour les enfants, il n’y aura jamais de paix ! ».

Lorsqu’ on lui demande ce qu’elle en pense, Samia, professeur dans une école palestinienne située en plein centre de H2, la Hébron occupée par Tsahal, se contente de répondre « si tu viens tout me prendre, je me battrai ! ». L’une des jeunes bénévoles du centre, âgée d’une vingtaine d’années et également enseignante dans un jardin d’enfant, explique quant à elle qu’ « aujourd’hui, les jeunes peuvent voir le monde sur internet, voir comment la vie se passe ailleurs. Nous voulons simplement être libres, pouvoir aller où nous le souhaitons, voir Tel aviv, Haifa, ou se rendre à la mosquée Al Aqsa de Jérusalem ! » explique-t-elle. Lorsqu’on lui demande comment elle envisage le futur, elle nous répond « j’aimerais la paix, je l’aimerais vraiment, mais si quelqu’un vient me prendre ce qui m’appartient, je vais me battre !». « L’enfant qui passe tous les jours par le checkpoint et y subi de perpétuels harcèlements, ne pensez-vous pas qu’il aura un peu de ressentiment ? » ajoute-t-elle, se référant aux enfants qui fréquentent son jardin d’enfant et qu’elle voit quotidiennement subir l’impact de l’occupation.

Banquier de formation, le collègue de bureau de Samih Abu Zakieh ne croit pour sa part pas à une troisième intifada : « En tant qu’êtres humains, nous voulons simplement vivre en paix, avoir de la nourriture, des habits, etc. On a besoin de nos droits, mais aussi d’argent pour nourrir nos familles, …on ne peut pas prendre le risque d’une 3e intifada! » affirme-t-il, faisant sans doute référence aux conséquences dramatiques de la seconde intifada sur la société palestinienne. Tout comme son collègue, il pense toutefois que la paix dépend essentiellement d’Israël : « les leaders palestiniens actuels représentent une opportunité, même certains leaders du Hamas veulent maintenant la paix, …les palestiniens ont changé et ne disent plus seulement « non », mais Israël n’écoute pas ! » explique-t-il. « Les israéliens sont fous, au lieu de construire des murs, ils pourraient construire des ponts pour vivre ensemble et créer la paix. A l’heure actuelle, la plupart des palestiniens sont modérés, mais s’ils n’obtiennent pas d’Etat bientôt, on ne sait pas comment la situation peut évoluer ! » ajoute Samih Abu Zakieh, comme pour souligner les propos de son collègue.

Arrestation d’enfants dans les rues d’Hébron – Avril 2013 – Photo Øystein Nedrebø

Afin de travailler à une paix juste, toute reprise du dialogue devra cependant être fondée sur certaines bases, disent les dirigeants actuels de l’Autorité palestinienne, qui exigent un gel total de la colonisation israélienne et une référence aux lignes d’avant l’occupation israélienne des territoires palestiniens en juin 1967 comme base de discussions. Soit rien d’autre que le respect du droit international et des multiples résolutions de l’ONU correspondantes. Des conditions qui semblent cependant déjà trop exigeantes aux yeux du gouvernement israélien. « Pour moi, l’établissement de conditions préalables est un obstacle insurmontable », aurait ainsi déclaré M. Nétanyahou en réponse aux exigences palestiniennes (ref).

« Celui qui veut véritablement la paix trouvera 100 solutions, mais il n’y a qu’un seul chemin pour la guerre » conclut ce jour-là le directeur du Palestinian Child Art Center, se référant à l’une de ses œuvres : 100 colombes de la paix dessinées durant les mois de couvre-feu imposés à Hébron lors la seconde intifada. «…Mais croyez-vous qu’Israël pense à 100 manières de faire la paix ? » nous lance-t-il. A entendre les propos de M. Netanyaou, il y a en effet de quoi s’interroger.

En attendant une très hypothétique relance de négociations de paix, les membres de PCAC continueront, jour après jour, à tenter de soigner les blessures et traumatismes des enfants victimes de l’occupation. « Même si nous avons parfois des difficultés économiques, nous continuons à travailler parce que nous croyons en notre mission, et aussi parce qu’aider un enfant n’a pas de prix !» assène Samih Abu Zakieh. Grâce à des organisations telles que PCAC, les enfants parviendront sans doute à affronter le traumatisme immédiat. Mais jusqu’à quand le sparadrap parviendra-t-il à cacher la profondeur de la blessure ?

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Voir l’excellente vidéo réalisé par la section palestinienne de Defence for Children International à propos des arrestations d’enfants dans les territoires occupés ainsi que les bulletins mensuels de la même organisation qui répertorient les détentions d’enfants. 

Voir également les newsletter mensuelles de Military court watch, qui répertorient le nombre d’enfants détenus dans les prisons israéliennes, ou le récent rapport publié par les observateurs internationaux de CPT (Christian peacemaker teams) qui documente les arrestations d’enfants à Hébron de février à avril 2013,